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A la rencontre de nos success stories / interview de Pascal Magnier et Clément Penin, co-dirigeants d’Expernova

Information mise à jour le 29/01/19

« Plus que l’idée, c’est la capacité d’exécution qui fait la différence »

A la rencontre de nos succePascal Magnier et Clément Penin, co-dirigeants d’Expernova

Pascal Magnier et Clément Penin, co-dirigeants d’Expernova

Il y a dix ans, Pascal Magnier et Clément Penin créaient la startup Expernova. Aujourd’hui, elle parvient à identifier dix millions d’experts, 200 millions de travaux R&D et 55 millions de collaborations dans 170 pays pour des grands comptes, des cabinets conseil en innovation ou des universitaires. Le duo reste aux commandes de l’entreprise cédée en juillet 2018 au groupe Questel, l’un des leaders mondiaux dans le domaine de la propriété industrielle.

Pourquoi avez-vous choisi Montpellier ?

Nous avons grandi à Montpellier, mais pour nos études supérieures et nos premiers pas dans la vie active, nous sommes partis chacun de notre côté à Paris et à l’étranger. C’est au moment de la création d’Expernova, en 2008, que nous avons choisi de retourner à Montpellier. L’objectif était de retrouver notre environnement familial et amical dans une période un peu incertaine, et de profiter des circuits montpelliérains de l’innovation. Nous avons décroché dès l’été 2008 deux contrats avec le laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (Lirmm). Cela nous a permis de mûrir notre projet et de lui donner une orientation plus technologique. Ce sont les chercheurs du Lirmm qui nous ont présenté le BIC de Montpellier. Dès 2008, nous avons été accompagnés par un chargé d’affaires de l’incubateur, et en 2009, nous nous sommes installés dans la pépinière Cap Omega.

Quel a été le principal apport du BIC de Montpellier et de ses équipes dans votre réussite ?

Le BIC de Montpellier nous a permis de suivre les étapes de la création de notre projet dans le bon ordre et nous a accompagnés dans tous les domaines, par exemple pour monter des dossiers de financement auprès de Créalia, de la BPI et de la région (AFT), ou pour avoir des stagiaires de six mois financés par Synersud. A Cap Omega, on a bénéficié de l’environnement de la pépinière : conseils, rencontres avec les autres startups… Nous avons aussi bénéficié de formations dans plusieurs domaines – droit, export, crédit impôt-recherche, comptabilité, normes, anglais – ou encore sur la propriété intellectuelle. Ce sont des formations où chacun met la main à la pâte : on applique ce qu’on apprend à son projet ou son entreprise. Du coup, on se forme tout en avançant sur son projet. C’est aussi avec le soutien du BIC de Montpellier qu’on a rencontré des investisseurs, lors des événements « Montpellier Capital-risque ». Lorsque nous avons fait nos premières levées de fonds, la renommée de l’incubateur nous a crédibilisés auprès des financeurs potentiels.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui veulent créer leur entreprise ?

Aller au BIC de Montpellier avant de se lancer ! Il est possible de participer à un paquet d’événements où les porteurs de projet sont invités à tester son idée et à l’affiner. Il ne faut pas avoir peur de parler de son projet, car c’est la capacité d’exécution plus que l’idée qui fait la différence. L’idée évolue dans le temps. D’ailleurs, la plupart des startups qui ont réussi, ont « fait un pivot », autrement dit opéré un virage qui leur a permis de coller mieux et plus vite à un marché. Leur business model a beaucoup évolué. Parler de son projet permet de le confronter aux réalités du marché, de connaître ses concurrents.

Autre conseil important : s’associer pour être au moins deux dans l’aventure. A deux, nous pouvons nous dire la vérité et se soutenir. C’est d’autant plus crucial que l’on traverse des montagnes russes émotionnelles, entre les moments où l’on trouve son idée géniale et ceux où le doute peut être envahissant. L’intérêt est aussi de répartir les tâches et les responsabilités, de faire confiance à l’autre dans son domaine de compétences.

Il faut savoir que la bonne décision n’est pas toujours au rendez-vous, que ce ne sera jamais optimal. Mais il faut aller de l’avant, assumer des décisions qui ne sont pas parfaites, sortir son premier prototype, conquérir son premier client, avant que le sablier ne se vide, que les finances ne s’assèchent. C’est une course contre la montre.

Beaucoup croient que la réussite d’une startup est basée sur une bonne idée. En réalité, le succès repose à 99 % sur « comment on y arrive ». On se retrouve rarement en échec parce que l’idée est mauvaise, mais parce qu’on n’a plus de trésorerie. Sur un marché BtoB de niche, il vaut parfois mieux gravir des échelons modestes mais sûrs et générer des bénéfices, que de cramer de l’argent, faire beaucoup parler de soi et se trouver en difficulté parce qu’il n’y a plus d’argent dans la caisse… C’est l’image d’Epinal de la startup californienne : un marché gigantesque sur lequel il faut aller très vite avec de gros moyens en se lançant dans une course à la levée de fonds. Le BIC de Montpellier nous apprend qu’une startup est une entreprise comme une autre : elle paie des salaires, elle doit dégager un chiffre d’affaires et des bénéfices. Pour cela, il faut vite arriver à vendre son produit. C’est ce que nous avons fait et nous avons pu vivre de notre activité.

Comment imaginez-vous l’entreprise innovante de demain à Montpellier ?

Elle devra déployer chacune de ses fonctions là où elles ont le plus de valeur. D’abord, développer la R&D et la production à Montpellier, parce qu’il y a un bon terreau pour cela, beaucoup de compétences, à la fois proches du marché (Europe/USA) et moins coûteuses qu’à Paris ou qu’aux Etats-Unis, bien sûr. Montpellier est une ville attractive. On recrute sans difficultés des gens de bon niveau, qui viennent de Paris ou d’ailleurs, et on trouve des investisseurs, grâce à son image de marque dynamique et sa qualité de vie. Sa taille humaine a permis de créer des échanges et même une cohésion avec les autres startups. Mais une entreprise innovante a intérêt à développer la partie commerciale et éventuellement le marketing au plus proche de son marché, notamment s’il est international. La métropole de Montpellier accompagne d’ailleurs les entreprises du territoire dans la découverte de nouveaux marchés internationaux. Nous avons pu bénéficier de son support lors de mission Business aux Etats-Unis, au Maroc et en Chine. Disposer d’une représentation aux Etats-Unis peut devenir un avantage significatif pour bénéficier de coups de projecteurs mondiaux sur ses produits et parce que c’est là-bas que se tiennent les grands salons internationaux. La distance n’est plus un problème. Une équipe peut facilement communiquer chaque jour via Internet. Une chose manque à Montpellier : l’enseignement supérieur en informatique et en numérique est encore trop limité par rapport aux besoins. On est obligé de former nous-mêmes nos salariés ou d’aller chercher ailleurs des ingénieurs informatiques ou du numérique.

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